Compte rendu du colloque Etapes

Compte rendu du colloque Etapes, escales et relais en Amérique latine

établi par les étudiantes du Master Recherche Espagnol 

Louise, Claudie, Alejandra, Luz et Leila

dans le cadre de l'enseignement  de la Didactique de la Recherche

 

Le colloque « Etapes, escales et relais en Amérique-Latine » a débuté le 3 octobre 2013, à Pessac. Lors de la cérémonie d’ouverture, le titre a été explicité et problématisé. Le mot « étape » a donc été expliqué, nous avons parlé de la polysémie du terme, pour finalement le définir comme un trajet intermédiaire entre un point de départ et une destination. L’étape est, par ailleurs, un lieu de repos, un endroit où l’on s’arrête, un « non-lieu » auquel on n’attache que très peu d’importance.

Dans l'introduction  l'accent est mis sur la transversalité disciplinaire que requiert la notion d'étapes et d'escales: l'aspect militaire, le socio-économique, et le géopolitique, sans oublier toute sa signification humaine. Deux axes nous ont été proposés en ce premier jour de colloque. Dans un premier temps, les étapes militaires ont été illustrées par l'exemple de la ville d'Asunción grâce à la communication de Paola Domingo. Lise Segas complète cette première partie en présentant la figure populaire de Monja Alferez, qui à travers son parcours et ses étapes militaires en Amérique Latine redécouvre progressivement son identité. Ce thème, malgré son éclectisme, mélange les caractéristiques de la picaresque et le roman de chevalerie, imprégné du sujet “tabou” de la transexualité et de l'amour interdit. Paola Domingo nous a présenté l'évolution de la ville d'Asunción au cours du XVIe siècle, surtout en tant que “point-relais” ou plateforme logistique des “adelantados” comme Mendoza qui rêvait d'atteindre “la montagne où coule de l'argent”: Potosí. L'échec de la conquête de Potosí provoqua le déclin de cette “ville-étape” qui s'amorça par un dépeuplement progressif: Asunción se transforme alors en bastion ou en “ville-rempart” à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle. L'heure n'est plus à la découverte et à la conquête mais à la conservation du territoire, à la consolidation de la manufacture et au développement d'une production agricole autosuffisante. Entre 1568 et 1617, Asunción devient “le grand centre commercial au cœur  de l'Amérique Méridionale”, mais progressivement elle connaîtra de nouveau un déclin lorsque Phillipe II signe la scission de la province, Buenos Aires ôte  le monopole commercial de la future capitale paraguayenne et devient le centre névralgique de l'Amérique Méridionale à partir de 1617.

Le deuxième atelier intitulé: “Circulations et haltes en Nouvelle-Espagne” met l'accent sur le personnage du voyageur et de ses haltes, ce qui appelle inéluctablement au développement de “ventas” ou “mesones, leur positionnement, leur législation, et leurs habitants. Béatrice Maroudaye, doctorante à l'université de Paris 4, met en lumière la question concernant les liaisons et les étapes à l'intérieur du Mexique. La notion de pause, de repos, apparaît après le Moyen-Âge, et les rares informations qui ont été collectées concernent des incidents de voyage. Les représentants de la couronne espagnole se chargeaient des expéditions qui au fur et à mesure ont dessiné et hiérarchisé ces voies de communication. Ce que Patrick Allouette nous illustre avec sa communication sur les liens entre le port d'acheminement de Veracruz et Mexico entre le XVIIe  et le XIXe siècle. Par la suite, les expéditions scientifiques et botaniques (rappelons- nous le célèbre Humboldt) tracent de nouvelles routes. Grâce au témoignage de Boelloch on a pu reconstituer un “portrait” des “ventas” ou “posadas”. En général, l'impression était négative: absence de mobilier, lieux inhabitables, accueil inexistant, des problèmes de luminosité, des habitants peu fréquentables: en bref, des lieux où il était peu utile de s'attarder.
On retrouve cependant des visions très disparates, amples, contrastées, selon les villes. Et finalement, nous nous sommes intéressés à deux cas particuliers: les villes de Jalapa et de Puebla. Deux villes qui sont connues pour leur profusion de “mesones”. Les deux professeurs-chercheurs de l'université de Puebla, Lilián Illades Aguiar et Agustin Grajales Porras, ont présenté la législation concernant les “mesones” dans la juridiction de Puebla, la topographie de ces lieux de repos dans la ville, leur répartition correspondant à une évidente stratégie commerciale.
A la fin de la matinée nous pouvons nous interroger sur la portée de ce thème  vaste et universel, qui dans la conjecture géopolitique latinoaméricaine renferme encore des zones d'ombre.
Cette étude est enrichissante et permet une ouverture intellectuelle plus poussée qui se détache des grands axes d'étude offerts par les cycles universitaires. L'étude de ces haltes et des lieux de repos permet l'exploration du territoire et de ses formes de connections: leur genèse, leur exploitation qui soulignent les caractéristiques institutionnelles déployées par les Espagnols, et leur spécificité géopolitique et surtout humaine.
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A propos des lieux d’échange de la Caraïbe espagnole
    Ouvrant la dernière journée du colloque, Thomas Gomez, en conférence plénière, a traité de « l’impossible halte sur la route de Cartagena de Indias à Santa Fé de Bogotá au XVIe  siècle ».  En effet, à leur arrivée, les Espagnols ont dû affronter le  relief montagneux et  la nature débordante de la Colombie. Les voies de communication pédestres entre Cartagena et Bogota leur ont posé alors beaucoup de problèmes d’ordre économique et logistique. Pour les surmonter, la navigation s’est imposée. Alors, les Espagnols ont utilisé le savoir-faire de la population autochtone et l’ont exploité sous le système de la « boga ». Le fleuve Magdalena est donc devenu le cœur de cette terre et le symbole de la colonie. Les répercussions de l’activité autour de ce fleuve et sur la population de la Vallée de Magdalena ont été  d’ordre économique, politique et culturel.
    Ensuite, Mélanie Moreau nous a proposé une communication intitulée: « Le Malecón de La Havane: paradigme de la rencontre et du rendez-vous manqué ». Le Malecón est, avant tout, un projet urbanistique du début du XXème siècle qui voit le jour du fait de l’attractivité du port de La Havane au cours du XIXème siècle. Le Malecón devient par la suite l’endroit favori de tous les Cubains et une source d’inspiration littéraire pour les écrivains autochtones et ceux de la diaspora qui font de ce lieu un espace unique et magique favorisant la rencontre et les adieux. En effet, Mélanie Moreau définit ce lieu comme celui de la sociabilité, de la culture et de la rencontre entre autochtones et étrangers. Mais le plus important est sa capacité à être à la fois un lieu public et privé en fonction du choix de la position assise d’un individu lambda. En regardant vers la ville, l’individu partage le rythme et l’énergie de La Havane, le Malecón retrouve sa fonction d’espace public. Tandis qu’en tournant le  dos à la Havane, en regardant vers la mer, le Malecón se transforme en un lieu plus intimiste et privé, soumettant l’individu à la réflexion. Cependant, le Malecón est aussi relié aux adieux, à la notion de départ. Ces adieux peuvent être un moment heureux et prometteur (immigration vers les Etats Unis d’Amérique au XXème siècle) mais aussi un moment triste (départ de l’être aimé) ou tragique (pendant la Révolution cubaine). Il peut être également rattaché à la notion de désaccord (Maleconazo de 1994). Enfin, le Malecón est un lieu chargé d’histoire faisant ainsi partie de la mémoire cubaine. Cette avenue est, aujourd’hui, un lieu incontournable et symbolique : frontière géographique, physique et mentale,  frontière entre la réalité et le rêve.
La dernière intervention, très brève, était celle de Valérie Joubert qui a présenté la communication de Sylvie Bouffartigue intitulée : « Histoire du bivouac pendant les guerres de l’Indépendance  de Cuba (1868-1898) ». Cette communication a mis en avant les différentes fonctions du bivouac au cours des guerres de l’Indépendance de Cuba en s’appuyant sur des récits de fiction ou des témoignages. A travers ceux-ci, le campement est représenté comme un espace de vie, de sociabilité, de solidarité et riche en valeurs républicaines. Le bivouac sert donc de contrepoids nécessaire à la déshumanisation de la vie du soldat. De plus, le bivouac n’est pas seulement un lieu de repos. Il est aussi un lieu d’intégration, d’échange, d’éducation mais aussi de découverte du pays réel. En effet, ce lieu permet aux soldats de se côtoyer au-delà des séparations sociales et régionales, de repenser leur conception de la cubanité et de la patrie... Ce microcosme mettrait donc  en évidence les aspirations d’après-guerre : égalité, solidarité, partage…
Pour conclure, cet atelier nous a permis d’acquérir de  nouvelles connaissances sur  le Cuba et la Colombie. Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec les chercheurs autour d’un verre de l’amitié et éventuellement de demander quelque éclairage sur tel ou tel aspect abordé. La richesse de ces conférences est appréciable, car cela instaure une dynamique nouvelle entre professeurs et élèves, dans un cadre différent.

Merci à Louise Ares Afonso, Claudie Paillard, Alejandra Salazar, Luz Aguirre, Leïla Euphrasia et tous les étudiants du Master 2 Recherche espagnol pour les comptes rendus du colloque ici réunis.